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Retour sur l'Assemblée Plénière : Emploi et Insertion dans les quartiers Politique de la Ville


22 juillet 2015 | Mots-clés Politique de la ville

David KIMELFELD : « Il faut être très attentif à ce que l’accompagnement social aille de pair avec l’insertion. Les travaux du CdD sont importants sur ce thème, comme sur d’autres ».

 

CONTEXTE // Ni saisine, ni auto-saisine, avec ce 3ème dossier, le CdD s’est livré à un exercice un peu différent de ceux menés habituellement. Lors d’un échange le 9 avril dernier avec Georges KEPENEKIAN en sa qualité de Vice-Président délégué à la politique de la ville, il a été convenu de lui proposer, ainsi qu’à ses services, un récapitulatif des réflexions et préconisations faites par le Conseil depuis 4 ans sur le thème de l’emploi et de l’insertion dans les quartiers Politique de la ville. Ce travail s’inscrit dans la perspective d’un avenant au Contrat de ville métropolitain et de sa prolongation jusqu’en 2022, dont la signature entre la Métropole, l’Etat et les autres partenaires concernés, doit intervenir avant mi-juillet.

 

Le délai était très court. A partir d’une relecture des propositions et réflexions faites dans les travaux précédents à l’aune de ce qui serait particulièrement utiles pour les quartiers prioritaires politique de la ville (QPV), nous avons donc réalisé une note contributive, remise le 7 mai à Georges KEPENEKIAN et ses services. Nous avons mis en avant deux idées-forces :

Dynamiser l’accès à l’emploi par les compétences

La première idée est la montée en puissance des recrutements sur la base des compétences, compétences techniques mais aussi de plus en plus relationnelles, les fameuses « soft skills ». Ces nouveaux modes de recrutement, comme la méthode des habiletés évoquée précédemment pour Pôle Emploi, sont l’occasion pour les publics jeunes et moins jeunes, pas forcément dotés de diplômes ou de relations, de faire valoir des habiletés, des capacités, autant de compétences qui vont favoriser les recrutements et l’accès à l’emploi.

Mobiliser la formation formelle et informelle pour le développement des compétences  

La seconde idée est l’importance de la formation pour acquérir et développer ces compétences. La loi Avenir professionnel a supprimé les plans de formation dans les entreprises pour les remplacer par des plans de développement des compétences, c’est dire l’importance accordée à celles-ci ! Et compte tenu de leur nature, la formation pour les acquérir peut être formelle et informelle. La formation formelle, c’est celle délivrée par les professionnels dédiés à la formation dans des lieux de formation. La formation informelle, c’est l’acquisition de compétences relationnelles, à tout niveau, celle qui se fait partout, dans les centres sociaux, dans les maisons des jeunes….

Une dynamique multi-partenariale à mettre en place, pour l’accès à l’emploi comme pour la formation

Il ressort des initiatives visant à mobiliser les compétences comme nouvelle manière d’accéder à l'emploi, un premier axe fort : le rôle décisif d'un mouvement réellement multipartenarial pour faciliter ou accompagner les demandeurs d'emplois, jeunes ou adultes sur un plan autant social, voire culturel, que professionnel.

De même, s’agissant de l’acquisition des compétences par la formation, ressort un second axe fort, à savoir l'importance de l’intervention de l’ensemble des acteurs de l’éducation et de la formation qu’elle soit initiale ou continue, mais aussi des réseaux socio-éducatifs, ceux d’éducation populaire, et plus généralement toutes les institutions et associations qui développent ces « nouvelles » formes d'apprendre.

Des orientations soumises aux premiers intéressés

Nous ne voulions toutefois pas mettre en avant de telles orientations sans les tester et les partager avec des membres de conseils citoyens puisque la question est celle de la Politique de la ville. Nous les avons donc réunis qu’ils soient membres de notre CdD (ce fut le cas pour ceux de Vaulx-en-Velin et de Saint-Priest), ou qu’ils aient été compagnons de route dans telle ou telle autre de nos contributions (ce fut le cas pour celui de la Duchère, déjà cité à propos de la stratégie alimentaire). Tout en validant nos deux orientations, cette réunion a mis en relief certains points précis importants.

 

Les conseils citoyens sont directement en prise avec les réalités des quartiers et dans la proximité. Leurs réactions sont intéressantes à ce titre. Brièvement, trois points ont émergé 

Premier point, celui de l’insertion

Si les compétences sont à prioriser dans la démarche de formation et d’emploi, les processus d'insertion professionnelle, mis en place actuellement, gardent trop souvent une connotation technocratique : critère quantitatif comme le nombre de CDI, non prise en compte de la situation voire de la détresse sociale… De ce fait, ils contribuent à amplifier la distance qu’il peut y avoir entre la réalité des personnes du quartier et la notion de travail. Il ne faut pas amalgamer cette notion de travail avec celle d’emploi, ce sont deux choses différentes. Cette distance s’amplifie actuellement, comme l’a aussi souligné Margot NICOLOYANNIS à propos de l’industrie du futur. Parallèlement à cette réflexion, une recommandation semble s’imposer : la prise en compte de la dimension sociale dans l’insertion. On ne peut pas faire d’insertion professionnelle sans faire de l’insertion sociale. Certains opérateurs de proximité, comme les centres sociaux, essaient de prendre ces aspects en considération, fonctionnant ainsi comme facilitateurs, mais ne sont ni financés, ni même, le plus souvent, pris en compte dans une telle démarche d’insertion.

Deuxième point, celui de la réduction de la distance entre les personnes et le travail dans l’éducation

Il faut de plus en plus viser à une forme de valorisation de la notion de travail, dans ce qu’il a de plus valorisant, dès l’école. D’une manière générale, dans les quartiers, l’emploi ne représente qu’un moyen de « faire » de l’argent et non un moyen de fonder un projet de vie, du fait de la dévalorisation du travail. Une dévalorisation orchestrée notamment par les inépuisables fermetures d’entreprises qui donne une impression de mépris du travail pour certains et de vacuité pour ceux qui sont en attente d’emploi. A quoi ça sert d’aller travailler puisqu’on va certainement être licencié ? Il y a là un chantier pour la Métropole, chantier qui commence par les stages de 3e correctement pris en compte par les entreprises et devrait se poursuivre par une collaboration école-entreprise qui tendrait à faire des entreprises un « second » lieu d’éducation. Cela a aussi été déjà noté pour l’industrie comme pour l’agriculture

Troisième point, la notion de territoire

La mise en place des QPV/QVA (Quartiers Politiques de la Ville/Quartiers en Veille Active) a créé, en son temps, une forme de repli sur soi de ces quartiers qui, s’ils ont notablement et favorablement évolué, se maintiennent dans leurs périmètres et présentent des difficultés pour « aller voir ailleurs ». Un point clairement exprimé par les membres du conseil citoyen de la Duchère. Les QPV deviennent des quartiers qui se différencient de moins en moins des autres dans leur fonctionnement. Malheureusement, ils n’ont pas encore suffisamment progressé dans leur situation socioéconomique. Il y a peut-être lieu, pour la Métropole, de faire une réflexion sur une nouvelle prise en compte de ces quartiers avec moins de rénovation urbaine, plus d’intervention sur le social et l’économie et donc l’accès (et l’envie d’accès) à un emploi, et plus encore à un travail.

 

Au total, nos préconisations dans notre note contributive et ces échanges avec les conseils citoyens ont mis en avant la nécessité de prendre en compte les dispositifs d'appui de droit commun et pas seulement en Politique de la ville, les collaborations nécessaires entre toutes les parties prenantes et enfin la place des citoyens. Et ce, en tenant compte des contextes spécifiques de chaque quartier prioritaire mais en resituant ces quartiers dans des « espaces-ressources » plus larges pour en ouvrir les frontières, favoriser les échanges entre territoires et entre les citoyens, et même entre conseils citoyens.

Une telle réflexion intervient au moment où la politique métropolitaine de l‘emploi et de l’insertion connait une nouvelle étape avec la mise en place, à l’échelle des CTM (Conférences Territoriales des Maires), de comités territoriaux d’insertion pour l’emploi qui viennent d’être votés par la Métropole, comme ce fut le cas pour les chargés de liaison entreprises-emploi. Dans les deux cas, nous nous félicitons d’avoir proposé ces ajustements, y compris celle des CLI (Commissions Locales d’Insertion) avec les CTM, dans notre contribution de novembre 2015, preuve de notre continuité. Cette jonction entre politique de la ville et politique de l’emploi et de l’insertion est donc en cours. Mais ne faut-il pas aller encore plus loin dans la transversalité ?

 

D’où nos questions, Monsieur le Président :

 

Premières réactions dans la salle

Mme Muriel DUPOND, responsable du service Accompagnement Insertion d’ELANTIEL à Vénissieux. Il y a une expérimentation depuis deux ans de rapprochement entreprises et insertion menée sur la CLI 9 (Saint-Fons, Feyzin, Mions, Solaize, Vénissieux...) présidée par le DRH du groupe ALDES. Cette expérimentation a conduit à recruter des bénéficiaires du RSA, effectivement sur leurs compétences. Quand les entreprises découvrent les CV des personnes, elles admettent que, si elles les avaient vus au départ, elles ne les auraient pas recrutées. Cette expérimentation conduite avec la Métropole a vocation à être pérennisée sur plusieurs territoires. Par ailleurs, en tant que référents socio-professionnels de bénéficiaires du RSA, notre travail au quotidien est d’accompagner les personnes sur le plan social et professionnel en parallèle. C’est indissociable.

Mme Bénédicte LAFORT, présidente d’ASPIE, structure d’insertion de Saint-Priest et chargée de relations entreprises pour les missions locales Rhône Sud-Est. C’est aussi la 13ème édition des RIE : « Rencontres de l’Initiative Economique » sur la commune de Saint-Priest. Il y a un gros gros travail entre les acteurs économiques et ceux de l’insertion professionnelle que nous sommes. Je suis certes mitigée car il y a encore des axes de progrès à réaliser, notamment sur la multiplication des partenaires. J’engage la Métropole à continuer à travailler avec nous sur le parrainage. Je pense qu’avoir des gens qui donnent de leur temps et de leurs compétences pour se rapprocher de ces jeunes dans l’insertion professionnelle est une des clés.

 

Vos propos sur la CLI 9 sont justes. C’est un très bel exemple mais, vous le savez, il a fallu beaucoup d’énergie pour convaincre l’ensemble des acteurs. Pour la première fois, celui qui allait présider les Commissions Locales d’Insertion allait être un homme d’entreprise. Aujourd’hui tout le monde en a compris l’intérêt mais c’est aussi très lié au talent de chaque personne. Il faut un profil particulier et ça n’aurait peut-être pas marché avec le directeur d’une autre entreprise. Cela a ouvert des espaces très importants. Les choses avancent sur le recrutement par les compétences même si le combat n’est jamais gagné. Il y a beaucoup d’expériences et d’expérimentations positives sur ces sujets-là.

Plus généralement, quelques mots sur ce sujet de l’insertion et de la Politique de la Ville. Car c’est le moment pour la Métropole d’accoucher, bien au-delà des 9 mois traditionnels, de dispositifs complets.

Nous avons passé beaucoup de temps la première année à évoquer le Plan Métropolitain d’Insertion pour l’Emploi (PMIE). Cela a pris un moment car il fallait prendre le temps d’échanger, de construire, de co-élaborer cette politique-là. Aujourd’hui les choses sont calées. La Maison Métropolitaine de l’Insertion et de l’Emploi (MMIE) est là, les comités territoriaux locaux sont en place avec des postes-clés. Nous avions une mission collective : rendre le dispositif plus lisible, plus efficace et plus en proximité.

De même, les choses sont compliquées en matière de Politique de la Ville comme en matière d’insertion. En Politique de la Ville, on pense souvent dispositifs particuliers oubliant ainsi que ces quartiers relèvent aussi du droit commun qui prévoit déjà beaucoup de choses. Quelquefois, il faut activer le droit commun et l’existant, avant d’aller sur du particulier. Cela simplifie parfois grandement les choses.

Je suis aussi très partisan de l’idée de dépasser les frontières administratives. Tout ne peut pas se régler au cœur du quartier. Il faut se concentrer sur les bassins de vie. Sauf quelques exceptions, la Conférence territoriale des maires correspond au véritable bassin de vie. Sur ces questions complexes, il faut travailler avec beaucoup d’humilité. Une de nos missions, et c’est valable pour l’insertion et d’autres sujets, est de raccrocher les QPV à la dynamique métropolitaine. Tout ce qui peut contribuer à raccrocher ces quartiers à l’attractivité est intéressant. C’est un enjeu très fort.

Vous évoquiez la dimension sociale, la détresse sociale. Celles et ceux qui s’intéressent de près à l’insertion le savent, la Métropole a une ambition de mettre en lien les acteurs du développement économique et ceux de l’insertion. C’est déjà bien engagé.

N’empêche, ce n’est pas suffisant. Il ne suffit pas de « sourcer » une personne et de lui mettre en emploi en face pour que les choses fonctionnent. Il y a des gens qui cumulent des handicaps très forts allant du logement à la santé en passant par plein d ‘autres difficultés. Il faut être très attentif à ce que l’accompagnement social aille de pair avec l’insertion. Sur ces sujets-là, nous sommes dans une phase de consolidation de ce qui a été fait jusque-là. Les travaux du CdD sont importants sur ce thème, comme sur d’autres. Et ils méritent d’être poursuivis dans le cadre de la prolongation du Contrat de Ville métropolitain jusqu'en 2022.  

Je vous remercie toutes et tous pour le travail important que vous fournissez, pour ce travail bénévole, ce temps que vous prenez sur vos temps professionnel, personnel, militant, pour l’intérêt général.

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