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Retour sur l'Assemblée Plénière : Industrie du futur et territoire(s)


22 juillet 2015 | Mots-clés Industrie du futur et territoire(s)

David KIMELFELD : « Le CdD a joué un rôle important sur l’appel à projet TIGA, il a largement inspiré la fiche action n°13 sur la médiation industrielle »

 

CONTEXTE // En réponse à l’appel à projet TIGA (Territoires d’Innovation de Grande Ambition), la Métropole a déposé un projet qui devrait permettre d’obtenir des moyens financiers du Plan d’investissements d’avenir et surtout d’accompagner les entreprises industrielles dans leur intégration sur le territoire et auprès des habitants.

Le CdD s’était autosaisi de cette question. Alors que tout le monde parlait plus des technologies que des hommes, sans lesquels pourtant ces technologies ne pourraient avancer, la prise en compte du facteur humain lui paraissait essentiel. D'ailleurs au même moment, les industriels (PMI. Grands Groupes) faisaient remonter leurs  difficultés de recrutement en raison d'une fausse image de l'emploi industriel d'aujourd'hui et de demain. Deux principales préconisations que nous allons présenter figurent dans le projet que le Président a adressé au jury de Territoires & Innovation.

 

« Lors de notre contribution pour le projet TIGA, nous nous sommes rendu compte qu’il était nécessaire de faire évoluer le regard sur le travail dans l’industrie de demain. J’entends bien le mot « travail » et non celui « d’emploi ». En effet, bien que ce secteur soit concerné par de nombreuses évolutions aussi bien technologiques qu’organisationnelles, son attractivité reste faible. Ce n’est pourtant pas par manque d’initiatives émanant de toute la filière industrielle !

➡ Sensibiliser les jeunes au sein des établissements scolaires

Suite à nos « enquêtes » de terrain, nous avons compris que le premier levier pour améliorer l’image de l’industrie et permettre son ancrage dans le futur, était d’informer les jeunes générations. La communication auprès des plus jeunes doit évidemment se faire au sein de leurs établissements scolaires. La génération charnière est celle des collégiens qui commencent déjà à se conditionner pour leur avenir. En proposant des stages collectifs de fin de 3ème, Volvo IT permet à des collégiens d’appréhender l’ensemble de la filière en une semaine. Les employés interviennent tour à tour pour parler de leur quotidien et les élèves comprennent, en situation, les différents métiers et enjeux.

➡ Sans oublier les pratiques citoyennes

Elles sont nombreuses et dynamiques. Comme celles de l’association « Un Peu de Bon Science », des « Bricodeurs » et leur « pré-école du numérique » ou encore d’EbulliScience à Vaulx-en-Velin… ou encore, afin de rendre plus concret les métiers de l’industrie, la Fondation CGénial  qui permet à des professionnels du secteur d’intervenir pendant les heures de cours des collégiens et de prendre le relais du professeur pour enseigner la matière dédiée. L’industrie dans l’école, c’est bien, mais l’inverse est aussi important : pour pouvoir parler des enjeux et métiers de l’industrie, les professeurs, qui sont les 1ers relais d’information pour l’orientation des élèves, doivent venir visiter les sites industriels, afin de comprendre, à leur tour, les enjeux et les métiers.

➡ Ni les événements industriels ouverts au Grand public

Les professionnels du secteur nous ont aussi alertés sur le fait qu’il n’y avait pas assez de salons dédiés à l’industrie. Quand on voit le succès de l’exposition « L’Usine Extraordinaire » qui s’est tenue au Grand Palais à Paris, nous nous rendons bien compte que le besoin est fort. Les salons comme Smile connaissent de plus en plus de succès et la demande pour un lieu dédié à la science et à l’industrie, comme un CCSTI, se fait entendre.

 

D’où notre question Monsieur le Président :

 

Le travail mené sur l’industrie du futur nous a amené très vite à nous interroger sur les difficultés de recrutement. Si les entreprises industrielles ont du mal à recruter dans les métiers techniques industriels, si beaucoup de métiers dans ces domaines sont en tension, les organismes de formation, eux aussi, sont confrontés à des problèmes de sourcing et de recrutement. Comment dès lors faire venir des jeunes ou des moins jeunes vers des emplois industriels ?

➡ Par la promotion de l’image de l’industrie d’aujourd’hui et de demain, mais aussi par la formation.

Le nombre d’acteurs de l’écosystème lyonnais rencontrés en matière d’emploi et de formation industrielle actifs sur la Métropole est extrêmement important. Il y a beaucoup d’initiatives de très grande qualité, que ce soit en formation initiale ou en formation continue. Mais les acteurs eux-mêmes estiment que les initiatives qu’ils mènent sont souvent isolées et mal connues.

Les acteurs de la formation, de l’emploi, les acteurs technologiques que nous avons écoutés, comme le lycée technique de la Mâche, les branches professionnelles comme l’UIMM à travers l’IRI, les partenaires sociaux, l’AFPA, le CNAM, Pôle Emploi, l’INSA, etc., convergent pour dire que, seuls, ils ne peuvent arriver à trouver, à leur niveau, de solution aux problèmes de mise en adéquation des besoins de recrutement et de montée en compétences par rapport aux enjeux de l’industrie du futur, voire même de celle d'aujourd’hui.

Ce n’est plus l’heure de la concurrence mais celle de la coopération, voire de la mutualisation des moyens, entre institutions de formation. La réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle va impacter considérablement l’écosystème et offrir des possibilités d’innovations intéressantes entre les acteurs.

➡ Dès lors, quel peut être le rôle de la Métropole ?   

Même si la Métropole n’a pas la compétence de la formation, tous les acteurs que nous avons mobilisés convergent pour dire qu’elle a un rôle à jouer, une responsabilité à exercer : celui de facilitatrice, de mise en lien des acteurs et des initiatives sur son territoire, de mise en visibilité pour permettre aux acteurs de se parler et de se renforcer mutuellement. Cette dynamique permettra au final de mieux satisfaire les besoins des entreprises et des salariés actuels et futurs.

Nous avons donc été heureux de voir que l’idée du CdD de constituer un pôle de compétences en matière d’industrie avait été reprise dans la réponse de la Métropole à l’appel à projet national TIGA sous la forme d’une proposition de création d’une « Fondation pour la Médiation Industrielle ». Une telle opportunité parait d’autant plus intéressante à saisir au moment où le Plan national d’Investissement dans les Compétences (PIC), doté par l’Etat de moyens importants, est mis en œuvre en région Auvergne-Rhône-Alpes par Pôle Emploi avec qui la Métropole a déjà engagé des partenariats actifs.

 

Monsieur le Président, voici notre question :

 

Premières réactions de Philippe HILLARION, Directeur Territorial du Rhône, Pôle Emploi

Je ne peux que souscrire à ces préconisations reprises en partie dans le projet TIGA.

Nous essayons d’appliquer ces préconisations finalement, jour après jour, en réunissant l’ensemble des acteurs. Pôle Emploi est chargé de mettre en œuvre le PIC sur la Région. C’est une chance formidable pour l’ensemble des filières et notamment pour la filière industrielle. C’est une chance importante car elle amène des financements permettant de former des personnes et de trouver des compétences. Aujourd’hui, les entreprises ont besoin de personnes mais de personnes qui ont des compétences. Pour avoir des personnes, il faut déjà les amener vers ces métiers et ensuite les former. Il y a des choses à faire ensemble.

Un exemple riche de perspectives. Nous avons mis en œuvre avec ENGIE et la MMIE (Maison Métropolitaine pour l’insertion et l’emploi) une action à destination des femmes dans l’industrie. Nous avons aussi fait un travail auprès de collégiens. Nous leur avons fait passer un test utilisé dans l’industrie : la méthode de recrutement par simulation qui recherche des capacités et des habiletés à aller sur certains métiers. En passant ce test, ces femmes et ces jeunes adolescents ont découvert tout l’intérêt de ces métiers industriels. Cela a été très productif pour les femmes et très porteur pour les jeunes. En conséquence, nous allons mettre en place un partenariat avec l’Éducation nationale pour développer cette méthode de recrutement par simulation très certainement auprès de lycées et de collèges. Nous allons aussi travailler à porter la « bonne parole » au sein des établissements scolaires pour améliorer la connaissance du marché du travail.

 

 

« Le CdD a joué un rôle important sur l’appel à projet TIGA, il a inspiré la fiche action n°13.Un chiffre qui a dû porter bonheur puisque la bonne nouvelle, c’est que nous avons passé la première sélection : nous sommes dans les 24 derniers projets retenus ! Il y a deux bonnes raisons pour que nous soyons éligibles : le territoire et la force de notre projet. Donc nous sommes plutôt optimistes ! Le 5 juillet, nous allons défendre le projet devant un jury.

La situation industrielle de notre territoire nous a motivés pour répondre à TIGA.

L’industrie est le fondement même du développement économique,  et de l’attractivité, du territoire métropolitain. C’’est bien la présence extrêmement forte de l’industrie dans certains domaines comme la santé, la chimie, la mécanique et la métallurgie… qui attirent des entreprises, des centres de recherche et développement et éventuellement, des fonctions support. Les entreprises installées à la Part-Dieu sont souvent connectées étroitement avec les industries installées en périphérie. Si nous avons une industrie forte, il faut l’accompagner dans sa mutation en lien avec le numérique, l’intelligence artificielle, etc. Cela a été une motivation forte pour notre réponse.                                               

L’industrie est une opportunité pour beaucoup et dans des parcours professionnels divers et variés.

Dans toutes ces dimensions, nous retrouvons la question des ressources humaines et du recrutement et, par ricochet, la question de la sensibilisation. Une sensibilisation efficace des publics, en particulier des plus jeunes sur ce qu’est l’industrie afin qu’il n’ait pas une vision tronquée, datée, de cette industrie tournée aujourd’hui plutôt vers l’industrie du futur que vers une industrie bruyante et polluante. Même si le public des jeunes est prioritaire, il faut aussi s’adresser au public engagé dans une mutation professionnelle afin de le sensibiliser à ce qu’est réellement l’industrie. Il faut aussi sensibiliser les parents des jeunes.

Informer, faire savoir, montrer est un enjeu très important pour que le public change son regard sur l’industrie.

Tout ce qui peut contribuer à cette évolution est bienvenu. C’est pourquoi nous avons retenu votre proposition de Fondation pour la médiation industrielle. Si nous sommes candidats à TIGA, c’est pour gagner. Si nous gagnons, nous ferons cette Fondation.

Mais comme nous sommes pragmatiques et déterminés, même si nous perdons, nous la ferons quand même. Un travail de fond auprès des plus jeunes et de ceux en mutation professionnelle reste une nécessité absolue pour qu’ils reprennent contact avec l’industrie. Il en va de l’enjeu d’emploi et d’attractivité de notre territoire.  Les entreprises viennent ici et restent ici pour de multiples raisons mais aussi parce qu’elles savent qu’elles pourront trouver des ressources humaines.

Pour autant, il ne faut pas que les entreprises s’exonèrent de leur responsabilité en la matière. À certains moments, certaines entreprises ou certaines filières se sont désintéressées de la formation.

Il faut qu’elles reprennent leurs responsabilités sans les reporter sur l’Éducation nationale ou un tiers.

Certaines entreprises ont d’ailleurs pris leur destin en main pour former leurs propres talents : l’UIMM dont le centre de formation (l’IRI) est un levier extraordinaire encore insuffisamment connu et utilisé, à mon avis. Une visite permet de se rendre compte que ces métiers industriels sont extrêmement valorisants, qu’ils ne sont plus des métiers du début du siècle -dans un certain nombre d’usines on pourrait manger par terre, si je puis dire-, que les niveaux de rémunération sont plutôt intéressants, même en début de carrière pour des métiers de base comme les opérateurs de machines-outils. Ou Hermès qui vient de poser la première pierre pour l’extension de son campus de formation.

Vous aviez aussi proposé un « pôle métropolitain de compétences » : même si nous n’avons pas la compétence directe de la formation, pour autant, il y a des interactions. Nous ne pouvons pas reporter tout sur la Région ou l’État. À cet égard, la relation que nous devons mener en étroite collaboration avec la Région, est extrêmement importante pour avancer de manière efficace.

Un autre sujet m’a toujours beaucoup intéressé : l’égalité femmes/hommes. Nous  avons à déconstruire un certain nombre de schémas pour les métiers de l’industrie mais aussi pour les métiers du numérique. Il y a encore de larges marges de progrès sur cette question. La Fondation pour la médiation industrielle pourrait, devrait, aussi s’intéresser à ces questions-là.

Au final, je vous répondrai quant aux événements qui peuvent contribuer à sensibiliser les jeunes et le grand public que la Métropole et la Ville de Lyon  ont candidaté à un événement important en 2023 : le WorldSkills ou Olympiades des métiers, l’équivalent des Jeux Olympiques mais pour les métiers. Lyon est en compétition contre le Japon. Le dossier est actuellement examiné à Kazan (Russie). Je pense aussi à Global Industrie, un salon important qui a permis cette année à un certain nombre de collégiens de découvrir l’industrie et de développer une véritable appétence sur ces métiers industriels. Il s’agit là d’une démarche devant nous inspirer et à renouveler pour d’autres à venir. 

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