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Retour sur l'Assemblée Plénière : La Stratégie Alimentaire


24 juillet 2015 | Mots-clés Stratégie Alimentaire

David KIMELFELD : « le travail du CdD arrive à point nommé. Vous avez l’habitude de co-construire. Vous serez de nouveau interpellé lors des groupes dédiés »

 

CONTEXTE // Deux questions avaient été posées au CdD par le Président de la Métropole dans le cadre  de l’’élaboration de la stratégie alimentaire métropolitaine. Comment faire reculer les précarités alimentaires ? Au pluriel, pour aborder les vulnérabilités (les carences) alimentaires sur 2 tranches d’âge et la précarité financière à l'échelle des quartiers.  Pour y répondre, le CdD a déployé sa méthode de travail conjuguant l’écoute et l’analyse par  parcours de vie. En compagnonnage avec le Conseil Citoyen de la Duchère. Sur  la 2nde question : comment valoriser les atouts économiques et de formation pour promouvoir une filière l’alimentation saine et durable, c'est en élargissant le focus (au-delà des frontières) que le CDD a travaillé avec des représentants de la filière agro-alimentaire.

 

« Le travail en cours sur la définition d’une stratégie métropolitaine nous apparaît comme une opportunité pour prendre en compte de façon nouvelle, les parcours des personnes les plus vulnérables sur la question alimentaire. Nous avons repéré lors de notre travail au sein du CdD, les personnes en précarités, les personnes âgées, les jeunes. Pour ces publics, il est essentiel d’agir pour au moins, deux raisons :

  • D’abord, les acteurs de terrain nous indiquent que la précarité alimentaire est en augmentation.
  • Ensuite, parce que la prise en compte des publics fragiles dans les politiques publiques permet souvent l’innovation pour tous. Si la transition alimentaire est en route avec l’accroissement des produits bio, des circuits courts, des AMAP et des initiatives citoyennes, souvent lancées en utilisant le numérique, cette transition devait toutefois faire plus attention à ne pas laisser des personnes hors de sa trajectoire.

➡ Une méconnaissance des règles de l’équilibre alimentaire et de la pratique culinaire.  

Lors de nos temps de travail, nous avons constaté bien souvent une absence de connaissances élémentaires sur l'alimentation, quelle que soit la tranche d’âge, que ce soit sur l’équilibre alimentaire, ou même sur l’habitude de cuisiner.

Les parents de jeunes enfants comme les assistantes maternelles, recherchent ainsi des lieux ressources sur ces questions de santé au sens large. Au centre social de la Sauvegarde, un atelier a été mis en place avec les Restos du Cœur sur l’alimentation des bébés.

Les collégiens sont autonomes sur au moins un repas par jour, ils ont besoin d’une pédagogie sur l’alimentation. Plus tard, les étudiants ajoutent le problème du temps, et bien souvent des finances et de la solitude.

➡ Un vrai défi à relever : l’alimentation des personnes âgées intégrée au soin.                             

Des personnes âgées, en établissements ou à domicile, souffrent de perte d’appétit, de perte de goût, de difficultés de déglutition, de lassitude. 70% des personnes entrant en EHPAD sont en dénutrition. La recherche, comme celle menée au Centre Léon Bérard ou à l’Institut Bocuse, se mobilise dans une approche mêlant sciences sociales, cognitives, nutritionnelles et de durabilité. Un rapprochement avec les sciences à soutenir.

➡ La diversification de l'offre dans les quartiers politique de la ville et la création de passerelles entre acteurs (professionnels ou bénévoles) pour mener des actions collectives procurant des aliments variés.

Ainsi, concernant les personnes en précarités, on observe une offre souvent réduite à un supermarché, ce qui rend très fragile la possibilité d’équilibrer son alimentation. Des associations dans les quartiers populaires, comme Filap à Vaulx-en-Velin ou Légum’au Logis à Villeurbanne, ainsi que les épiceries sociales, s’organisent pour lutter contre ces déserts alimentaires, en cherchant à rendre plus accessible l’offre des producteurs locaux. Sans oublier l’ensemble du réseau socio-éducatif et associatif  qui s’implique fortement.

Il s’agit donc de mieux rendre visible ces initiatives, de soutenir les associations pour pérenniser leurs actions, et de mieux coordonner les politiques publiques axées sur la stratégie alimentaire. L’enjeu étant de modifier les comportements, c’est à un travail de longue haleine, structuré et articulé auquel la Métropole doit s’atteler.

C'est faisable. Notre travail nous a fait pointer du doigt l’existence de différentes politiques publiques concernées par ce champ et sur lequel agit directement la Métropole, comme la PMI, la Politique de la Ville, les collèges et la restauration, le plan pauvreté… Ces politiques ne sont pas toujours orientées vers la lutte contre la précarité alimentaire ou pourraient l’être mieux.

D’où la question que le Conseil de Développement souhaite formuler :

 

Le contexte spécifique du secteur agro-alimentaire

Lors de la rencontre du 26 mars dernier qui a rassemblé dans les locaux de l’ISARA divers acteurs (producteurs, transformateurs, distributeurs) de la chaîne alimentaire, la spécificité du secteur des IAA (industries agro-alimentaires) est bien apparue. Notamment en raison de la multiplicité des filières, la (très) petite taille des entreprises et la dispersion des acteurs qui complexifient la concentration des produits et leur distribution au consommateur final (cf. marché de gros de Corbas et 185 marchés lyonnais, plus de 1200 restaurants et bouchons).

Comment dans ces conditions garantir la qualité totale et permanente de produits -souvent périssables- livrés à la consommation ; et ce à des prix accessibles, alors même que les coûts de revient nécessitent de la main d’œuvre et un cout logistique important ?

Les initiatives identifiées par le CdD

Une bonne organisation des liens entre les acteurs tout au long de cette chaîne pour une alimentation saine et durable est ainsi apparue décisive, tout particulièrement en ce qui concerne le maillon liant logistique et acheminement-approvisionnement. Diverses initiatives ont été évoquées en ce sens :

  • le carreau des producteurs du marché de gros de Corbas, rassemblant plus de 60 producteurs régionaux de fruits et légumes
  • l’accompagnement par la Marque collective Le Lyonnais Monts et Côteaux d’une dizaine d’agriculteurs en vue d’une potentielle plateforme de mise en relation commerciale et de distribution de proximité
  • la démarche de la coopérative Sicoly associant 150 producteurs de fruits de l’Ouest lyonnais dans le but de valoriser leurs productions en direction notamment du marché lyonnais, y compris après une première transformation et même l’ouverture de boutiques à Craponne ou récemment Bron
  • le développement de transports en commun pour le fret dans plusieurs villes d'Europe
  • la réussite pour les voyageurs de la coopération inter-institutionnelle du Syndicat Mixte des Transports pour l'Aire Métropolitaine Lyonnaise (SMT AML), qui pourrait inspirer une initiative visant le même type de coopération sur le fret - logistique urbaine au sein de la Métropole.

D’où la question :

 

État des lieux

Le secteur dans le domaine de la production et de la transformation alimentaires, sur la métropole et sa couronne, est très diversifié : on y trouve des exploitations dans tous les domaines : céréalier,  viticulture, maraichage, culture des fruits et élevage. Une part importante de ces exploitations est située en périphérie de la métropole. Certaines de ces exploitations sont associées en coopérative, la taille des exploitations est très variable.

Sur le plan de la formation offerte sur le territoire métropolitain, l’offre est complète du CAP au bac +5, avec des établissements de grande qualité (lycées privés et publics, MFR, ISARA…). Pour toutes ces filières, le taux d’insertion des élèves après formation est proche de 100 %.

Des difficultés sont pourtant  réelles pour pourvoir un certain nombre d’emplois, notamment dans les petites exploitations (viticulture, maraichage.) (Source Chambre d’agriculture, Graine d’emplois). Certains emplois sont saisonniers, souvent à temps partiel. Quelques solutions sont mises en œuvre par la création de groupements d’employeurs (APECITA), elles permettent d’offrir des CDI à plein temps.

Problématique

Comme dans l’industrie, l’image des métiers reste ancrée sur une vision physique et difficile (travail par tous les temps, effort physique important, horaires décalés…). La variété des métiers du domaine de la production agroalimentaire n’est pas connue (métiers techniques, conducteurs d’engin, logistique, suivi qualité et traçabilité…).

Le réservoir de main d’œuvre est dans les villes de la Métropole et la périphérie, ce qui pose souvent des problèmes de mobilité.

Le manque de main d’œuvre est plus important sur les niveaux 5 et 4 (qualification de base et CAP, BEP…), ce qui peut être aussi une opportunité pour l’insertion des jeunes.

Quels axes développer ?

Il y a nécessité de rapprocher l’offre de formation et la demande d’emplois à pourvoir, ceci peut être facilité par la réforme de la formation professionnelle en cours. Toutefois, nous avons dégagé quelques axes de progrès :

  • Développer des formations courtes associant apprentissage sur quelques semaines et stages sur le terrain.
  • Les acteurs se connaissent mais ils ne constituent pas un réseau en mesure de promouvoir des projets, des actions de collaboration. Il faut donc dynamiser ce réseau avec l’ensemble des producteurs, les centres de formation, les acteurs de l’emploi (pôle emploi, acteurs de l’insertion…) et les représentants du territoire (Métropole et Rhône).
  • Assurer la promotion des métiers de l’agroalimentaire auprès des jeunes et plus largement du grand public, faire connaitre l’offre de formation, rendre possible les stages de 3e en filière agricole.

D’où ces questions :

 

« Comment mobiliser et articuler l’ensemble des politiques métropolitaines pour répondre aux précarités des parcours de vie ? La 1ère réponse est d’abord de définir une stratégie alimentaire, Bruno CHARLES l’a souhaité et la Métropole de Lyon s’y est engagée. Nous en sommes aux prémices puisque la stratégie n’a été votée en assemblée plénière que le 24 juin.

Il est clair que la Métropole doit s’engager. Nous n’avons pas de compétences particulières sur l’alimentation, mais nous considérons que les forts enjeux découlant de l’alimentation concernent l’ensemble des habitants.

  • Vous avez parlé de précarité alimentaire : aujourd’hui, un tiers des grands lyonnais est en situation de précarité alimentaire. Nous avons la responsabilité d’agir pour des raisons de justice sociale.
  • Une autre raison expliquant l’engagement de la Métropole est la santé publique. Aujourd’hui, l’alimentation tue plus que le tabac. La Métropole a beaucoup de compétences en termes de prévention santé, pour différents publics tels que celui de la protection maternelle et infantile par exemple. La Métropole, qui a la compétence collège, est bien sûr concernée par ce sujet. Derrière, il y a des enjeux environnementaux importants, liés notamment à la diminution des déchets, à la lutte contre le gaspillage alimentaire, un sujet pour lequel de nombreux parents, enfants et restaurants scolaires se mobilisent.
  • La dernière raison est la filière économique. Nous avons une filière agricole et agro-alimentaire à maintenir, à accompagner, à soutenir… Beaucoup d’agriculteurs sont eux-mêmes en situation de précarité et impactés par le dérèglement climatique.                                                                                                      

En mettant en mouvement ses compétences

Nous avons tous les leviers nécessaires pour être le chef de file d’une stratégie alimentaire. D’abord, parce que nous avons les compétences que je viens de rappeler : santé, économie, social, mais aussi aménagement du territoire. Le PLU-H (Plan Local d’Urbanisme et de l’Habitat) permet de préserver des terres agricoles et viticoles (ex. Monts du Lyonnais, Monts d’Or). Il est important aussi d’assurer aux agriculteurs, éleveurs, viticulteurs, une juste rémunération et l’avenir de ces métiers.

La Métropole s’adresse en outre  à tous les publics concernés : petite enfance, collégiens, personnes âgées, personnes en situation de handicap, etc. La dénutrition des personnes âgées, isolées ou non, est bien réelle et fait partie des enjeux d’accompagnement du vieillissement.

Ce sujet concerne également tous les territoires de la Métropole : des plus denses aux territoires agricoles, en passant par les quartiers Politique de la ville.

Le Cdd soulève des points qui méritent d’être approfondies.

Cette stratégie ne peut se limiter aux frontières du territoire métropolitain. Pour trouver de la diversité alimentaire, il est nécessaire d’aller au-delà : 50 km, 100 km et de réfléchir avec les territoires voisins. C’est une bonne raison de travailler avec le Pôle Métropolitain et d’élargir le cercle des contributeurs pour définir les actions : producteurs, acteurs de la filière, acteurs de la formation.

(Rolland JACQUET précise que le Pôle métropolitain s’est réuni ce matin avec la stratégie alimentaire à l’ordre du jour. Le Pôle métropolitain rassemble la Métropole de Lyon, la Métropole de Saint-Etienne, Vienne Condrieu Agglomération, la CAPI Porte de l’Isère, la communauté d’agglomération de Villefranche (CAVBS) et la communauté de communes de l’est lyonnais (CCEL). La filière du producteur au consommateur, jusqu’à la question du paiement du service rendu, y compris dans sa dimension environnementale a été examiné.).

Elle ne peut faire l’économie d’une réflexion en inter partenarial sur l’approvisionnement/logistique et plus particulièrement celle du dernier km, sur la question du changement d’échelle des petites productions, sur le bio et le bilan carbone : les deux aspects sont à prendre en compte si on souhaite la progression du bio

(Olivier LECOQ (Directeur du marché de gros de Lyon-Corbas) s’associe aux remarques faites sur le bio.  Manger local ou français c’est bien, mais manger des fraises françaises au mois d’avril provenant de serres chauffées à bloc ou encore des fraises bio de serres… Considérer le bilan carbone global est nécessaire)

Sur la formation de la même façon, nous avons un travail à mener pour répondre aux besoins de la filière agro-alimentaire dans toute sa diversité. Elle concerne beaucoup de métiers. On a commencé à le faire. Nous n’avons pas encore développé les stages de 3e spécifiquement dans ce secteur. Nous avons aussi la chance d’avoir la Cité internationale de la gastronomie, qui n’est pas seulement un lieu-musée, un lieu d’expériences du goût, mais qui devra être aussi un lieu où les professionnels pourront se confronter, se rencontrer et qui servira de point d’appui pour la stratégie alimentaire ».

Le président conclut «  Aujourd’hui, nous n’en sommes pas encore à décliner des actions mais à co-construire la stratégie. C’est pourquoi le travail du CdD arrive à point nommé car vous avez l’habitude de co-construire. Vous serez de nouveau interpellés sur ce sujet.  Cela veut dire que vous auriez aussi tout intérêt à travailler avec vos confrères des territoires voisins ».

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